Un différend diplomatique et industriel oppose actuellement le gouvernement belge à la start-up américaine KoBold Metals, soutenue par Bill Gates et Jeff Bezos. Au cœur de la discorde : l’accès exclusif à des millions de données géologiques datant de l’époque coloniale, précieuses pour la découverte de nouveaux gisements de métaux critiques.
Tout se joue à l’AfricaMuseum de Tervuren, près de Bruxelles. Le musée abrite près de 500 mètres linéaires d’archives cartographiques et géologiques collectées durant la colonisation belge. Ces documents contiennent des données historiques cruciales sur le sous-sol de la République Démocratique du Congo (RDC), notamment sur le cobalt, le cuivre et le lithium — des minerais indispensables à la transition énergétique mondiale.
L’entreprise américaine KoBold Metals, qui utilise l’intelligence artificielle pour prédire l’emplacement de gisements miniers, a récemment signé un accord de partenariat avec le gouvernement congolais. Forte de cet appui, elle a sollicité un accès complet et une délégation de la numérisation de ces archives.
Cependant, la Belgique oppose une fin de non-recevoir catégorique. Les autorités fédérales belges, par la voix de la direction du musée et de la ministre de la Politique scientifique, refusent toute forme de « privatisation » de ce patrimoine.
« Nous pouvons donner accès à des documents spécifiques, mais il est impossible de laisser une entreprise privée s’approprier la gestion de l’intégralité de ces archives », a déclaré Bart Ouvry, directeur de l’AfricaMuseum.
Ce conflit dépasse le simple cadre administratif. Il s’inscrit dans une compétition géopolitique mondiale pour le contrôle des ressources stratégiques :
* Souveraineté de la RDC : Kinshasa souhaite que ces données servent à attirer des investissements majeurs (comme ceux de KoBold) pour relancer son secteur minier.
* Protectionnisme Belge : Bruxelles rappelle qu’un programme de numérisation financé par l’Union européenne est déjà en cours depuis deux ans. L’objectif est de rendre ces données accessibles à la recherche scientifique et aux autorités congolaises, mais de manière non exclusive.
* L’ombre de Washington : Ce dossier intervient alors que les États-Unis multiplient les offensives diplomatiques pour sécuriser leurs approvisionnements en métaux face à la domination chinoise en RDC.
Si KoBold Metals promet de rendre les données publiques après traitement par ses algorithmes, la Belgique craint qu’une gestion privée ne favorise uniquement les intérêts américains au détriment des acteurs européens et du contrôle souverain de l’information.
Le dossier est désormais entre les mains des diplomates, alors que la pression monte pour accélérer l’exploration minière dans une région où chaque mètre de carte vaut potentiellement des milliards de dollars. Ce jeu des muscles diplomatiques vient encore rappeler que la RDC est un pays solution.
Rédaction











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