À Goma comme à Bukavu, les cérémonies et représentations officielles organisées sous la tutelle de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC/M23) se suivent et se ressemblent, au grand dam d’une population locale désemparée. Sur scène, la même dynamique prévaut : l’omniprésence quasi exclusive d’expressions socioculturelles rwandophones. Un constat qui suscite une vive indignation au sein des communautés autochtones et ravive la hantise d’une hégémonie imposée dans l’est de la République démocratique du Congo.
Pour de nombreux observateurs, ce monopole culturel dépasse le simple cadre artistique. Il s’agit d’une tentative de réécriture symbolique du paysage social du Grand Kivu, marginalisant la pluralité identitaire qui caractérise la région. Ce processus d’effacement suscite un parallélisme troublant avec les événements de 1996–1997. L’Histoire semble bégayer, laissant craindre l’installation d’un modèle d’occupation pensé pour durer.
Cette scénographie ravive les soupçons de longue date : les figures congolaises affichées à la tête de l’AFC/M23 ne seraient que les figurants d’un projet géopolitique piloté depuis Kigali. En promouvant une identité prédominante au détriment de l’ensemble du tissu communautaire local, l’administration de fait ne cherche plus seulement à exercer un contrôle militaire ou territorial, mais à imposer un ordre culturel et politique inédit.
Face à ces manœuvres, la question n’est plus seulement de savoir jusqu’où ira l’administration de l’AFC/M23, mais si nous assistons aux prémices concrètes de la redoutée balkanisation de la RDC.
Entre résistance passive, boycott des manifestations culturelles et traumatisme collectif, le Grand Kivu retient son souffle face au spectre d’un morcellement irréversible.
Aly Bukasa Kabambi











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