La signature récente de deux mémorandums d’entente de défense et de renseignement entre la République centrafricaine (RCA) et la République démocratique du Congo (RDC) provoque des secousses diplomatiques dans la région des Grands Lacs. Le président rwandais, Paul Kagame, a exprimé ses vives inquiétudes à son homologue centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, face à ce rapprochement militaire inédit entre Bangui et Kinshasa.
Pour Kigali, la présence sécuritaire en RCA demeure un pivot stratégique majeur. Depuis 2020, les Forces de défense rwandaises (RDF) déploient des milliers de militaires en Centrafrique, à la fois sous bannière onusienne (Minusca) et via un accord bilatéral de défense. Ces troupes ont joué un rôle décisif dans la stabilisation de Bangui face aux poussées rebelles.
Cependant, alors que les relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali restent glaciales sur fond d’instabilité dans l’est de la RDC, l’officialisation d’un partenariat militaire transfrontalier entre Bangui et Kinshasa passe mal auprès du pouvoir rwandais.
Côté centrafricain, les autorités mettent en avant un impératif de sécurité territoriale. Le gouvernement de Faustin-Archange Touadéra rappelle que cet accord vise en priorité à sécuriser les zones frontalières communes (notamment au niveau des provinces du Bas-Uélé et du Nord-Ubangi) et à empêcher que la RCA ne serve de base arrière à des groupes armés.
Pour Bangui, ce partenariat de renseignement relève d’une coopération sous-régionale pragmatique qui ne remet pas en cause l’alliance privilégiée conclue avec Kigali.
Entre la nécessité absolue de préserver son alliance militaire fondamentale avec Kigali et l’urgence de pacifier sa frontière sud avec Kinshasa, la diplomatie centrafricaine s’engage dans un exercice d’équilibrisme complexe. La capacité des dirigeants régionaux à maintenir un dialogue direct déterminera si cet accord deviendra un levier de stabilité régionale ou un nouveau point de friction diplomatique.
Aly Bukasa Kabambi











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