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Affaire des 100 millions de litres de pétrole et audit : Qui croire ? 

Alors que la République Démocratique du Congo cherche à assainir la gestion de ses finances publiques et de ses ressources naturelles, deux dossiers majeurs s’entremêlent aujourd’hui au cœur du débat public : l’affaire dite des « 100 millions de litres de produits pétroliers » liés à la société Ultimate Oil & Gas, et le vaste audit du programme sino-congolais (2008-2024) mené par l’Agence de Pilotage, de Coordination et de Suivi des Conventions (APCSC).

Au centre de cette tempête politico-économique se trouve Freddy Yodi Shembo, Directeur Général de l’APCSC, défendu avec véhémence par des figures comme Jean Thierry Monsenepwo, mais directement interpellé par d’autres acteurs politiques et de la société civile.

D’un côté, l’APCSC a officiellement lancé en mars 2026 un audit approfondi du Programme sino-congolais sur la période 2008-2024. Cet examen passe au criblage les volets miniers, financiers, techniques et contractuels d’un partenariat historique évalué à plusieurs milliards de dollars. L’objectif affiché est de réévaluer les retombées réelles pour l’État congolais et d’exiger une transparence accrue sur la gestion des infrastructures promise en échange des ressources minières.

De l’autre côté, l’affaire Ultimate Oil & Gas fait grand bruit. Elle concerne l’importation et la distribution de près de 100 millions de litres de produits pétroliers dans des conditions jugées opiques par plusieurs observateurs. Les soupçons portent notamment sur de possibles exonérations indues, des exonérations douanières non justifiées ou des circuits de distribution parallèles ayant échappé au Trésor public.

Pour les partisans de Freddy Yodi Shembo, à l’instar de Jean Thierry Monsenepwo, la responsabilité du Directeur Général de l’APCSC ne saurait être engagée sur la simple base de ses fonctions administratives. Leur argument repose sur la traçabilité matérielle des opérations :

* La chaîne opérationnelle : Il convient d’identifier avec précision les acteurs ayant signé les déclarations douanières, les transporteurs, les réceptionnaires ainsi que les bénéficiaires finaux des recettes.

* La défense de l’audit : Selon ce camp, la mise en cause du patron de l’APCSC s’apparenterait à une tentative d’affaiblissement institutionnel visant à paralyser l’audit des contrats chinois, perçu comme menaçant pour certains intérêts établis. Ils appellent ainsi à un « front national » pour protéger le travail de vérification en cours.

Face à cette ligne de défense, des voix critiques, au sein du Parlement, de la société civile et d’organisations de lutte contre la corruption, expriment des réserves tout aussi appuyées :

* Le risque de l’impunité institutionnelle : Les détracteurs rappellent que la responsabilité managériale implique un devoir de surveillance sur l’ensemble des opérations sous tutelle. Exonérer a priori un dirigeant au nom de la poursuite d’une autre mission (l’audit) risquerait de créer un précédent regrettable en matière de gouvernance.

* La crainte de l’instrumentalisation politique : Certains observateurs craignent que l’audit du contrat sino-congolais ne serve de bouclier politique pour masquer d’éventuelles failles de gestion interne ou, à l’inverse, d’arme de pression sélective contre des partenaires commerciaux ou politiques.

* La transparence financière : La société civile exige que toute la lumière soit faite sur les 100 millions de litres de pétrole, en soulignant que le manque à gagner pour l’État touche directement le budget national et les services publics.

L’imbrication de ces deux dossiers met en relief les défis complexes de la gouvernance en RDC. D’un côté, la nécessité absolue de passer au crible les grands contrats d’État pour en maximiser les retombées nationales ; de l’autre, l’obligation d’appliquer une justice impartiale et rigoureuse à toutes les opérations financières suspectes, sans distinction de rang ni de fonction.

Pour éviter que ce débat ne dégénère en une guerre de factions, les institutions de contrôle, notamment la Justice, l’Inspection Générale des Finances (IGF) et le Parlement, devront faire preuve d’une indépendance irréprochable. Seules des enquêtes claires, fondées sur de la documentation probante et débarrassées de toute pression politique, permettront de faire la part des choses entre dysfonctionnements administratifs, fraudes ciblées et vérités économiques.

Aly Bukasa Kabambi

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