Alors que l’agenda politique congolais est saturé par les débats autour de la révision constitutionnelle, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) tente de réimposer son tempo. Jeudi 24 septembre, Denis Kadima Kazadi, président de la centrale électorale, s’est entretenu à Kinshasa avec le vice-Premier ministre et ministre du Budget, Adolphe Muzito. Au menu : l’anticipation budgétaire des opérations pré-électorales pour l’échéance de 2028, avec un accent particulier sur l’enrôlement des électeurs.
Pourtant, au-delà de cette démarche institutionnelle en apparence classique, la séquence soulève des questions sur la sincérité du calendrier électoral et la gestion des priorités nationales.
Devant la presse, Denis Kadima a insisté sur la nécessité de sortir des logiques de réaction de dernière minute : « Il y a des élections prévues en 2028. Il faut y penser et prévoir un budget en conséquence ». L’opération d’identification et d’enrôlement de la population requiert des moyens colossaux et plusieurs mois de déploiement logistique à travers le vaste territoire national.
De son côté, le ministre du Budget, Adolphe Muzito, s’est montré « fort réceptif ». Du côté du gouvernement Suminwa, cette rencontre est présentée comme la preuve d’une volonté d’institutionnaliser la régularité des scrutins et d’assurer une trajectoire budgétaire prévisible, afin d’éviter le récurant syndrome du « glissement » électoral qui a caractérisé les précédents cycles.
Dans les rangs de l’opposition et d’une partie de la société civile, l’optimisme affiché par la CENI peine à convaincre. Plusieurs observateurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme une mise en scène ou un contre-feu politique.
Cette rencontre intervient en effet dans un climat particulièrement tendu :
* La pression des réformes constitutionnelles : Les échanges au ministère du Budget font directement suite à la démonstration de force de la coalition au pouvoir, l’Union sacrée, qui a récemment battu le pavé pour soutenir une révision de la Constitution.
* Le verrou législatif en marche : Au même moment, l’Assemblée nationale a renvoyé devant sa Commission Politique, Administrative et Juridique (PAJ) la proposition de loi portant sur le référendum.
Pour les détracteurs du pouvoir, la coïncidence temporelle est lourde de sens. Les figures de l’opposition accusent la majorité d’orchestrer un double jeu : afficher des préparatifs électoraux rassurants pour 2028 par le biais de la CENI, tout en traçant parallèlement la voie juridique et politique vers un changement des règles du jeu constitutionnel via un référendum.
Au-delà des querelles politiques, la faisabilité d’une prise en charge budgétaire anticipée pose question. Alors que les ressources de l’État sont déjà fortement sollicitées par la situation sécuritaire dans l’Est et la relance économique, la capacité du ministère du Budget à décaisser à temps les fonds requis pour la CENI reste le véritable test de vérité. La proposition budgétaire que la CENI s’apprête à transmettre au Parlement lors de la session budgétaire en cours servira de premier indicateur quant aux intentions réelles des autorités.
Aly Bukasa Kabambi










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